II] B) Inconvénients économiques

 

 a) La diversité des projets

> L'inconvénient majeur à l'énergie houlomotrice en général est l'existence de plusieurs dizaines de prototypes aux fonctionnements similaires. Il en existe une cinquantaine ! Dès lors, ces machines se partagent les financements des pouvoirs locaux, ce qui limite les possibilités d'exploitation à grande échelle. Les industriels, comme le directeur scientifique de Total, estiment qu'il est trop tôt pour investir, tant qu'un seul projet ne s'est pas différencié favorablement.

Cette compétition à l'échelle mondiale vient d'une grande offre technologique : le mouvement ondulatoire de la houle peut être exploité de nombreuses manières différentes. Prenons l'exemple de l'Anaconda, un autre "boudin flottant" semblable au Pelamis. Il est dix fois plus léger (110 tonnes) car fabriqué en caoutchouc rempli d'eau, et l'énergie qu'il produit ne vient pas des charnières, mais de l'onde de renflement provoquée par la vague sur le tube, qui entraîne une turbine en bout de flotteur. Bien que ressemblant beaucoup au Pelamis, l'Anaconda ne produit donc pas du tout son énergie de la même façon. D'autres démonstrateurs utilisent des bouées contenant une dynamo, des colonnes d'eau oscillantes, des hélices semblables aux éoliennes, un électroaimant générant un champ magnétique variable...

b) Les problèmes liés à l'installation

> Le Pelamis ne peut donc pas être installé au large, car le cable d'ancrage et celui de transfert d'électricité seraient plus longs, donc plus chers, l'installation plus lourde et moins stable. Ces facteurs limitent donc les zones où l'on peut installer les Pelamis.

> Le Pelamis est un engin imposant et lourd, ce qui rend le remorquage plus difficile. D'ailleurs, les maintenances ne peuvent se faire que lorsque la météo le permet. En outre la possibilité de maintenance est limitée voir impossible à certaines saisons, ce qui est alors un problème pour alimenter les foyers. 

Pour chaque réparation, il faut rapatrier la machine sur la côte pour l’intervention des équipes d’entretien ; bien que cela limite la distance par rapport à la côte à laquelle peut être installé le Pelamis (le transport est d’autant plus cher que la distance est grande) plus le Pelamis est au large, plus il est soumis à une houle importante et donc plus il produit d’énergie : il faut jouer avec ces deux facteurs.

Les parcs de Pelamis couvrent une surface importante, et limitent donc les zones de navigation.

c) Les problèmes de rentabilité

> Comme la grande majorité des projets de production d'énergie renouvelable, le Pelamis n'est pas rentable sur la première année, ce qui limite le nombre d'investisseurs. Les serpents de mer comptent d'ailleurs parmi les victimes de la crise économique. A Leixoes, près de Porto, ils ont été remorqués à quai à la mi-novembre ; en effet, l'entreprise australienne qui les finançait est en faillite, et son partenaire Energias de Portugal est dans la même situation.

> L'installation d'une ferme à Pelamis est loin d'être gratuite ! Le premier projet portugais à lui seul a coûté 9 millions d'euros.

> Enfin, l'énergie véhiculée par la houle est par définition intermittente, tout comme l'éolienne. Les rendements varient en fonction des conditions météorologiques.

d) Des difficultés théoriques d'une part, industrielles d'autre part

> Pour les techniciens, il est particulièrement difficile d'imaginer un système mécanique adaptable aux différentes fréquences d'onde de la houle. Cette difficulté provient d'une différence énergétique entre l'onde de basse fréquence et l'onde de haute fréquence ; en sachant qu'elles peuvent se superposer, additionner leurs énergies, induire des phénomènes de résonnance... les industriels sont réticents à sponsoriser un système qui risque de casser à chaque tempête.

> D'ailleurs, en général, les grandes compagnies pétrolières et d'électricité comme EDF se gardent bien de trop vite prendre parti pour telle ou telle invention, préférant être sûrs de sa rentabilité avant de se jeter à l'eau. Lors de la troisième Conférence européenne sur l'énergie des vagues, qui s'est tenue en octobre 1998 en Grèce, les problèmes de résistance des installations ont fortement dissuadé les industriels. Comme le soulignait le responsable scientifique chargé d'examiner la validité des projets, "l'industrie est le filtre des idées farfelues"...

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