II] A) Avantages économiques

 

 

   Après avoir détaillé le fonctionnement du Pelamis, nous nous intéresserons à sa rentabilité économique. Quels avantages le serpent de mer présente-t-il par rapport à d'autres systèmes en phase de test ? En quoi est-il moins rentable que les usines actuelles de production d'énergie ? Nous tenterons de répondre à ces questions en analysant sa production, son coût de fabrication et d'entretien, son espérance de vie... entre autres facteurs.

 

 

a) Données économiques générales

> Un convertisseur Pelamis (élément présent dans chacun des cylindres, 3 convertisseurs par Pelamis) produit 750kW. Un Pelamis produit donc 2,25 MW/h en un an et peut alimenter  1500 foyers. Un parc de 1 km² de machines de ce type permettrait donc de satisfaire les besoins en électricité de 20 000 foyers.

Vérification : en une heure, le Pelamis peut produire 2,25 MW soit 2250 kW. En un an, cela donne environ 20 millions de kW (arrondi ne tenant pas compte des maintenances).

Selon l'ADEME, La consommation annuelle d’électricité d’un ménage moyen (2,1 personnes, hors chauffage, eau chaude et cuisson) est d’environ 4 000 kWh, mais elle atteint facilement 8000 kWh. Ainsi, un Pelamis peut alimenter près de 3000 foyers en un an, ce qui est cohérent avec les chiffres annoncés.

Le Pelamis a une espérance de vie d’environ 15 ans.

> Il permet de développer des régions en quête d'emploi.

> La machine n'a pas de fondations, donc son installation ne requiert pas de plongeurs et coûte moins cher.

> Possibilité de remorquage à terre pour les réparations, qui se font plus aisément que les réparations en mer.

> Enfin, la mise en place du dispositif a été faite en concertation avec les autres utilisateurs du domaine maritime : pêcheurs et plaisanciers par exemple. Les comités locaux et les associations de pêcheurs se sont arrangés avec les services publics pour définir des zones qui ne gênent pas leur activité.

 

    L'énergie contenue dans la vague est proportionnelle au carré de sa hauteur. Le tableau ci-dessus présente la variation de l'énergie récupérable (chiffres dans les cases) en kW, en fonction de la période de la vague (axe des abcisses) et de sa hauteur à un instant donné (axe des ordonnées).

   Pour être rentable, les dispositifs actuels exigent une puissance fournie minimale de 20 kW. Or au large des côtes portugaises, la puissance des vagues varie de 33 à 55 kilowatts, et en Ecosse elle va jusqu'à 67 kW ! Ces emplacements, comme bien d'autres probablement, sont tout indiqués pour récupérer de l'énergie à partir de la mer. Il a été prouvé que c'est entre 40 et 60 degrés de latitude que les vents sont les plus forts, donc que la houle est la plus importante.

 

b) Possibilités actuelles d'exploitation

      1) Sites d'essais

   Seuls des essais en mer - plus ou moins en conditions réelles- restituent la totalité des phénomènes hydrodynamiques. Il est donc crucial de placer les prototypes dans l'océan, et pas seulement les faire fonctionner en laboratoire.

   Le 25 septembre 2008, un espace d'un kilomètre carré d'océan en Loire-Atlantique a été interdit à toute navigation et accordé au SEM-REV. Il s'agit du Site d'Expérimentation en Mer pour la Récupération de l'Energie des Vagues. Cet investissement de 5,5 millions d'euros permettra de tester en conditions réelles les prototypes de machines houlomotrices comme le Pelamis ou le Searev (dispositif inventé par le fondateur du SEM-REV, Alain Clément). Cinq démonstrateurs pourront y faire leurs preuves en parallèle, sur une période maximale de 250 jours.

   Cette longue durée d'exploitation est d'ailleurs le principal argument avancé par le centre nantais, face à ses "concurrents" déjà existants ou en projet. En Ecosse, l'European Marine Energy Center (Emec) fonctionne depuis 2002 mais il est saturé. L'Ecosse est par ailleurs bien adaptée à la récupération de l'énergie houlomotrice, car l'océan lui apporte des vagues deux fois plus puissantes qu'à Nantes, qui ont déjà voyagé sur plusieurs centaines de kilomètres. De plus, le site d'expérimentation écossais est protégé des vagues orientées ouest/nord-ouest par les petites îles du plateau du golfe. Le premier ministre écossais n'a pas hésité à qualifier le détroit séparant les îles Orcades de l'Ecosse d'"Arabie saoudite de l'énergie des marées".

Enfin, l'Espagne, le Portugal et même des pays comme les Etats-Unis ou la Namibie préparent également l'installation de centres d'expérimentation semblables au SEM-REV. A partir de 2012, des bouées devraient produire de l'électricité au large de la Californie...

       2) Exploitation industrielle

     Le 23 septembre 2008, les premiers Pelamis exploités de manière industrielle ont été installés au large d'Acugadoura au Portugal. Il s'agit de l'un des premiers projets d'exploitation à grande échelle de la mer en Europe du Sud, si l'on excepte des bouées en Cantabrie et quelques turbines au Pays Basque. D'après l'ingénieur Rui Barros, cette étape de dépassement des prototypes peut être comparée, dans l'histoire de l'aviation, au passage des essais des frères Wright à la phase commerciale. José Luis Garcia, de Greenpeace Espagne, affirme même que la Galice pourrait bientôt devenir autosuffisante : son gouvernement finance des entreprises comme Norvento qui font de la recherche pour de nouveaux équipements.

   On espère qu'en 2012-2013, la France pourrait à son tour reprendre l'idée en mettant à flot des machines au large du port de Saint-Nazaire. Cependant, en comparaison des entreprises anglaises, les véritables projets français dans le secteur des énergies marines sont très peu nombreux. Comme le soulignait Le Monde en mars 2009, "après avoir raté le coche de l'éolien, laissé aux entreprises allemandes, la France semble bien partie pour louper également celui des énergies marines".                    

Les pionniers dans ce domaine se répartissent en deux catégories :            

- les scientifiques à la recherche d'innovations technologiques ;           

- les développeurs qui adaptent ces technologies au milieu marin.

   Le fait qu'il soient si peu nombreux conduit à une sorte de "solidarité" entre ces chercheurs et ces chefs d'entreprises, plutôt qu'une concurrence. Mais certains chercheurs dénoncent l'attitude parfois réticente, voire arrogante, des universitaires et des industriels, qui ne se montrent pas toujours coopératifs. Les pouvoirs publics eux aussi restent le plus souvent inactifs, de sorte que des inventeurs "modestes" comme David Adrian pensent maintenant à desservir en énergie des sites isolés (atolls, petites collectivités) plutôt que de développer leurs projets à grande échelle.

 

 

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